Une fracture spectaculaire apparaît au sein des anciennes gloires du football mondial. Alors que Samuel Eto’o apporte publiquement son soutien à Gianni Infantino et souhaite le maintien du controversé projet FIFA Forward Enterprise, plusieurs grandes figures, dont Didier Drogba, Emmanuel Petit, Bixente Lizarazu et Robert Pirès, réclament au contraire un changement à la tête de la FIFA.
La crise qui secoue actuellement la FIFA prend une nouvelle dimension. Après plusieurs fédérations et confédérations, ce sont désormais les anciennes stars du football qui s’invitent dans le débat sur l’avenir de Gianni Infantino, à quelques mois de l’élection présidentielle de la FIFA prévue en 2027.
Mais au milieu de cette contestation, une voix africaine majeure prend le contre-pied : Samuel Eto’o.
Eto’o : « Infantino n’a rien fait de mal »

Dans un entretien exclusif accordé à CNN, l’ancien attaquant du FC Barcelone et de l’Inter Milan, aujourd’hui président de la Fédération camerounaise de football, a clairement pris la défense du président de la FIFA.
Eto’o estime que Gianni Infantino n’a pas commis de faute et considère que la polémique autour du projet FIFA Forward Enterprise est notamment liée au mauvais timing de son annonce. Il affirme également que le projet, bien qu’abandonné, pourrait être bénéfique pour le football africain.
Pour le dirigeant camerounais, le mécanisme aurait pu permettre aux nations africaines de disposer de davantage de moyens afin de réduire l’écart avec les grandes puissances du football.
Eto’o va même plus loin : il souhaite que FIFA Forward Enterprise soit remis à l’ordre du jour afin que les 211 associations membres puissent en débattre collectivement. Selon lui, une nouvelle discussion démocratique permettrait de déterminer si le projet peut être amélioré et adopté.
Cette position rejoint celle de la CAF, qui continue de soutenir Infantino, alors que le président de la FIFA cherche à consolider ses soutiens avant l’élection de 2027.
FIFA Forward Enterprise : au cœur de la bataille
Le projet FIFA Forward Enterprise est à l’origine de l’actuelle tempête.
L’idée défendue par Infantino consistait à créer une structure commerciale regroupant plusieurs activités de la FIFA : droits TV, sponsoring, licences, billetterie et autres activités commerciales. FIFA avait évoqué la possibilité de faire entrer des investisseurs privés minoritaires dans cette structure, tout en affirmant que l’organisation conserverait le contrôle du football et de sa gouvernance.
L’objectif annoncé était notamment d’augmenter considérablement les financements destinés aux 211 fédérations membres. FIFA avait évoqué 20 millions de dollars par association pour le cycle 2027-2030, contre 8 millions pour le cycle précédent, auxquels pourraient s’ajouter d’autres financements.
Mais le projet a provoqué une levée de boucliers. L’UEFA et plusieurs autres acteurs du football mondial ont dénoncé le manque de transparence et les risques liés à l’ouverture du football à des investisseurs privés. Face à la contestation, FIFA a finalement abandonné le projet le 1er août.
Drogba, Petit, Lizarazu, Pirès… « Le changement est nécessaire »

Pendant qu’Eto’o défend Infantino, un groupe important d’anciennes gloires prend exactement la direction opposée.
Emmanuel Petit, Bixente Lizarazu, Robert Pirès, Didier Drogba, Juan Sebastián Verón, Mikaël Silvestre, Lucy Bronze, Claudio Pizarro et Emmanuel Adebayor, entre autres, ont publiquement demandé une transformation de la gouvernance de la FIFA.
Dans leur communiqué, ces anciennes stars estiment que « le changement est nécessaire » et reprochent à la direction actuelle de prendre des décisions importantes sans donner une place suffisante aux joueurs et aux supporters. Leur revendication dépasse donc la seule question de FIFA Forward Enterprise. Ils réclament une réforme structurelle de la gouvernance du football mondial, avec davantage de participation des principaux acteurs du sport.
Pour ces anciennes gloires, joueurs et supporters doivent pouvoir peser davantage dans les grandes décisions qui façonnent l’avenir du football.

⚔️ Eto’o contre Drogba-Petit : une fracture symbolique du football africain
La situation est particulièrement intéressante lorsqu’on regarde le continent africain.
D’un côté, Samuel Eto’o, l’une des plus grandes légendes africaines, défend Infantino et considère que son projet pouvait représenter une opportunité importante pour l’Afrique.
De l’autre, Didier Drogba, autre monument du football africain, fait partie des figures qui demandent une évolution profonde de la gouvernance de la FIFA. Il ne s’agit toutefois pas d’une opposition personnelle entre Eto’o et Drogba. Le véritable désaccord porte sur la manière dont le football mondial doit être gouverné et financé. Eto’o privilégie la possibilité d’utiliser les nouvelles ressources commerciales pour renforcer les fédérations et réduire les inégalités entre nations.
Les opposants au projet craignent, eux, qu’une ouverture du patrimoine commercial du football à des investisseurs privés éloigne davantage la FIFA de sa mission sportive et donne trop de poids aux intérêts financiers.
La bataille dépasse désormais FIFA Forward Enterprise
Même si FIFA Forward Enterprise a été abandonné, la crise qu’il a provoquée n’est pas terminée.
Infantino continue de préparer sa candidature à un quatrième mandat à la tête de la FIFA. Dans le même temps, plusieurs fédérations et responsables du football mondial cherchent à faire émerger une alternative. Le projet controversé pourrait donc avoir disparu des tables de négociations, mais il a profondément modifié le rapport de force autour du président de la FIFA. Et le soutien de Samuel Eto’o apporte une dimension supplémentaire à cette bataille.
Deux légendes africaines, deux visions différentes.
Eto’o estime qu’Infantino doit continuer et que FIFA Forward Enterprise mérite une nouvelle discussion. Drogba, Petit, Lizarazu, Pirès et leurs compagnons estiment au contraire qu’une nouvelle ère nécessite une réforme profonde de la gouvernance du football mondial.
À quelques mois de l’élection présidentielle de la FIFA, la question devient donc de plus en plus claire :
Infantino peut-il encore rassembler le football mondial autour de lui… ou la contestation des anciennes gloires annonce-t-elle la fin d’une époque ?