Par Total Football Magazine
Le football mondial est une nouvelle fois rattrapé par les affaires. Selon une lettre officielle adressée au président de la FIFA, Gianni Infantino est convoqué devant la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis, dans le cadre d’une enquête portant sur les relations entre la FIFA, l’administration de Donald Trump et plusieurs décisions controversées prises durant la Coupe du monde 2026.
Le document, daté du 26 juillet 2026 et signé par Jamie Raskin, membre de rang (Ranking Member) de la Commission judiciaire de la Chambre des représentants, exige que le président de la FIFA fournisse une importante série de documents et accepte un entretien officiel avec les enquêteurs au plus tard le 9 août 2026.

Une enquête qui replonge la FIFA dans les fantômes du scandale de 2015
La lettre débute par un rappel sévère du plus grand scandale de corruption de l’histoire de la FIFA.
En 2015, le Département de la Justice américain (DOJ) avait inculpé plus d’une vingtaine de hauts responsables du football mondial et de dirigeants de sociétés de marketing sportif pour des faits de racket, de fraude électronique et de blanchiment d’argent.
Selon le DOJ, plus de 200 millions de dollars de pots-de-vin auraient été versés pendant près d’un quart de siècle afin d’obtenir les droits commerciaux et audiovisuels des compétitions internationales.
Les parlementaires rappellent notamment la condamnation de Full Play Group et d’un ancien dirigeant de Fox Sports, reconnus coupables par un jury fédéral de corruption et de blanchiment. Cette condamnation avait ensuite été confirmée à l’unanimité par la Cour d’appel.
Mais le courrier affirme que, quelques mois plus tard, l’administration Trump aurait abandonné de manière inexpliquée plusieurs procédures, refusant même de défendre certaines condamnations devant la Cour suprême.

Des accusations particulièrement graves
La lettre va beaucoup plus loin qu’un simple rappel historique.
Les élus américains affirment que les preuves recueillies démontrent une corruption profondément enracinée dans le football international.
Ils évoquent notamment :
- des millions de dollars de pots-de-vin enregistrés dans des comptabilités secrètes ;
- l’utilisation de pseudonymes tels que « Benz », « Fiat » ou « Toyota » pour désigner des dirigeants corrompus ;
- des comptes bancaires ouverts en Suisse ;
- des sociétés écrans créées au Panama ;
- des responsables conscients que leurs actes pouvaient les conduire en prison.
Les auteurs de la lettre rappellent également que la Cour d’appel américaine avait qualifié ces pratiques de symbole d’une « corruption endémique » dans le football mondial.
Infantino accusé d’avoir recherché les faveurs de Donald Trump
Le passage le plus explosif du courrier concerne directement Gianni Infantino.
Les parlementaires estiment que, depuis l’élection de Donald Trump, le président de la FIFA aurait multiplié les initiatives destinées à obtenir la bienveillance de la Maison-Blanche.
Parmi les éléments cités figurent :
- la création du « FIFA Peace Prize », remis au président Trump ;
- la location de bureaux de la FIFA au 17e étage de la Trump Tower, pour un montant qui pourrait atteindre près de 600 000 dollars par an ;
- des apparitions publiques répétées aux côtés du président américain.
Les auteurs de la lettre considèrent que ces initiatives pourraient être interprétées comme une tentative d’obtenir un traitement favorable de la part du gouvernement américain.
Ils rappellent même que Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, avait publiquement critiqué cette proximité entre Gianni Infantino et Donald Trump.
Les billets de la Coupe du monde également dans le viseur
L’un des principaux sujets de l’enquête concerne la politique tarifaire de la Coupe du monde 2026.
Selon la Commission judiciaire, la candidature nord-américaine promettait un plafond d’environ 1 550 dollars pour les billets de la finale.

Or, certains billets auraient finalement été commercialisés à près de 33 000 dollars, soit plus de vingt fois le montant initialement annoncé.
La lettre critique également :
- la tarification dynamique ;
- les fortes augmentations de prix ;
- les modifications unilatérales des places achetées par les supporters ;
- les pratiques jugées potentiellement contraires aux droits des consommateurs.
Les procureurs généraux des États de New York et du New Jersey auraient déjà ouvert des enquêtes sur ces pratiques commerciales.
Une longue liste de documents exigés
Le Congrès demande désormais à la FIFA de transmettre notamment :
- l’ensemble des cadeaux, avantages ou transferts accordés à Donald Trump, à sa famille ou à son administration ;
- tous les documents concernant la location des bureaux à la Trump Tower ;
- les échanges avec les autorités américaines depuis 2024 ;
- toutes les communications liées à la politique de billetterie de la Coupe du monde ;
- les registres des visiteurs des bureaux de la FIFA à New York et Miami.
La Commission demande également que soient conservées toutes les communications électroniques, y compris celles échangées via Signal, Telegram, WhatsApp, X et Truth Social, afin qu’elles puissent être examinées dans le cadre de l’enquête.
Une audition attendue le 9 août
Au-delà de la remise des documents, Gianni Infantino est invité à se présenter devant la Commission judiciaire pour un entretien officiel retranscrit.
Cette audition pourrait constituer l’un des épisodes les plus sensibles de sa présidence, dix ans après son arrivée à la tête de la FIFA avec la promesse de tourner définitivement la page des scandales ayant conduit au départ de Sepp Blatter.
Une affaire aux conséquences potentiellement majeures
À ce stade, il convient de rappeler que les accusations contenues dans cette lettre émanent de membres de la Commission judiciaire de la Chambre des représentants et constituent des allégations faisant l’objet d’une demande d’enquête. Elles ne constituent pas, en elles-mêmes, une décision de justice ni une condamnation de Gianni Infantino ou de la FIFA.
Si cette procédure devait se poursuivre, elle pourrait néanmoins avoir d’importantes répercussions institutionnelles et politiques pour la FIFA, alors que la gouvernance de l’instance mondiale est déjà contestée par plusieurs fédérations, confédérations et acteurs du football à la suite des réformes engagées sous la présidence d’Infantino.
Pour la FIFA, qui espérait faire de la Coupe du monde 2026 une vitrine de son expansion, cette convocation devant le Congrès américain pourrait désormais ouvrir un nouveau chapitre de tensions avec les autorités américaines et raviver les souvenirs de l’un des plus grands scandales de corruption de l’histoire du sport mondial.